Projet éolien au parc du Massif du Sud: moratoire réclamé dans Bellechasse... par Marc Saint Pierre - Le Soleil (03/11/2008)

Québec) Lieu de naissance de huit rivières, le Massif du Sud, dans Bellechasse, doit être protégé de toute initiative mettant en péril son écologie et notamment de l'intrusion qui se prépare d'un projet éolien de 150 MW, plaide la porte-parole de RésEAU des montagnes, Mireille Bonin.

«Ce qu'il faut dans l'immédiat, c'est un moratoire pour suspendre la mise en oeuvre du projet éolien prévu au parc régional du Massif du Sud. À plus long terme, le territoire devra être soustrait à l'exploitation de parcs éoliens. Ou de tout ouvrage qui mettrait en péril l'intégrité de son réseau aquatique unique. Ce qu'il faut faire du Massif du Sud, c'est une réserve du patrimoine aquatique», exprime Mme Bonin, à l'occasion d'un entretien au Soleil.Le projet éolien auquel Mme Bonin fait référence, c'est celui de Saint-Laurent Energies, consortium constitué de la française EDF Energies nouvelles (60 %), de l'anglaise Res (20 %) et de la québécoise Hydroméga (20 %). Pour le consortium, c'est une de ses cinq soumissions qui ont été agréées par Hydro Québec au printemps pour le nouveau bloc de 2000 MW d'énergie éolienne.

Pour le projet du Massif du Sud, cela signifie 75 éoliennes géantes et 300 millions $ d'investissement. C'est aussi une contribution volontaire annuelle de 300 000 $ pour les municipalités concernées et des royautés de 5000 $ par MW pour le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF).

«Le projet en est au stade des études environnementales, qui seront probablement déposées ce printemps, au ministère du Développement durable (MDDEP). Des audiences publiques du BAPE (Bureau des audiences sur l'environnement) pourront suivre dès l'automne-hiver 2009», précise Stéphane Boyer, vice-président d'Hydroméga et membre du comité directeur du consortium.

Comme c'est la règle, des liens ont été établis avec les élus et la population. Le projet peut compter sur «une bonne acceptation du milieu», affirme M. Boyer.

Mais pour RésEAU, qui regroupe des gens de Saint-Luc, de Saint-Magloire, de Saint-Philémon, de Buckland et du Village alpin du Massif, c'est une catastrophe. Pour eux, les 100 km carrés du Massif du Sud sont un joyau, un milieu unique de par sa géomorphologie révélant un ancien volcan, des peuplements forestiers qui, l'hiver, deviennent les conifères givrés des cartes de Noël, une faune ailée abondante qui compte la rarissime grive de Becknell, une faune terrestre particulière qui comptait jusqu'au mythique couguar il n'y a pas si longtemps, le lieu des microclimats arctique, boréal et laurentien. Et il l'est surtout par ses eaux, claires comme celles d'Anticosti.

«C'est unique en Amérique du Nord qu'un petit massif supporte huit rivières. Ce réseau hydrique qui alimente la rivière du Sud, l'Etchemin et la Saint-Jean va être perdu», indique Rénald Chabot, un écologiste du RésEAU, originaire de la région.

«Son cycle naturel a déjà été bouleversé par une exploitation forestière. Il est lentement à s'en remettre avec le repeuplement forestier. Avec des éoliennes, les dommages seront permanents. C'est impensable de mettre un champ éolien là-dedans», a-t-il ajouté à grands traits.

Pour RésEAU, il est clair que si des éoliennes sont installées, il n'y aura plus de parc naturel du Massif du Sud. Il y aura seulement un parc éolien. «Le RésEAU des montagnes considère qu'il est de la responsabilité des dirigeants de prendre un temps d'arrêt pour analyser la valeur du réseau aquatique et du patrimoine naturel du Massif du Sud et de doter Chaudière-Appalaches, en même temps que tout le Québec, d'un plan directeur de l'eau», résume Mireille Bonin, qui évoque une montée de son groupe au créneau en vue d'un débat national.

Pour l'heure, parmi d'autres initiatives, circule une pétition pour protéger le Massif.


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